À l’occasion de la Journée Internationale des Droits des Femmes 2026, l’ONG Save Our Planet s’est rendue à Koroborou, dans la ville de Parakou, à la rencontre des femmes transformatrices de beurre de karité de l’association SUDOMCE. L’objectif de cette descente de terrain, organisée le 14 mars 2026, était de comprendre leurs réalités quotidiennes, d’identifier les défis climatiques qui impactent directement leur activité, et de co-construire des solutions durables pour une production plus résiliente.
Une délégation de six membres de l’ONG, composée de trois femmes et trois hommes, a été accueillie sur le lieu de travail des transformatrices. Après une présentation des objectifs de la visite, une approche participative a été adoptée. À l’aide d’un questionnaire structuré administré par la présidente de l’ONG, Mme Aïchatou BALLA, l’équipe a recueilli les témoignages et les données techniques nécessaires à la co-construction de solutions futures.

Une filière ancestrale menacée par la déforestation et le dérèglement climatique
L’association SUDOMCE, créée en 1991, totalise 35 ans d’existence. Elle compte une quarantaine de membres, incluant une minorité d’hommes, et les techniques de production du karité y sont transmises de mère en fille, selon un savoir ancestral. Autrefois, la récolte des amandes en champ était abondante et aisée. Aujourd’hui, la raréfaction des arbres à karité, due aux coupes abusives et à la déforestation, oblige les femmes à acheter la matière première. La bassine de 25 kg de noix s’échange à 10 000 francs CFA, et un sac de 100 kg à 40 000 francs CFA. Le processus complet de transformation dure en moyenne trois jours.
Le changement climatique bouleverse également le calendrier de production. La période de récolte, autrefois abondante dès le mois de mars, ne débute désormais qu’en juin avec des quantités très réduites. L’augmentation des températures freine la solidification du beurre de karité, ce qui impacte directement la qualité du produit et génère des pertes financières au sein du groupement. À ces défis climatiques s’ajoutent des difficultés structurelles : l’unique machine à écraser dont disposent les femmes est vétuste et tombe fréquemment en panne, et l’accès à l’eau reste précaire. Les membres de l’association souffrent par ailleurs de pathologies liées à la pénibilité du travail, notamment des douleurs articulaires, des troubles oculaires causés par la fumée, ainsi que le paludisme.
Sur le plan commercial, l’association SUDOMCE bénéficiait initialement d’un contrat d’exportation avec des partenaires expatriés. Depuis l’expiration de ce contrat, l’écoulement des stocks est devenu un défi majeur. Les ventes se font désormais au marché d’Arzeke de Parakou, au tarif de 100 francs CFA l’unité, 500 francs CFA la calebasse, et entre 35 000 et 40 000 francs CFA le bidon de 25 litres. Une part de la production est systématiquement réservée à l’autoconsommation familiale.
Des besoins urgents en équipements écologiques et en accès au marché
Malgré ces difficultés, les femmes transformatrices de karité manifestent une volonté forte de s’engager dans des formations sur l’entretien des équipements et les techniques de production écoresponsables. Elles sollicitent une mécanisation complète du processus, actuellement trop manuel, via l’acquisition de machines modernes. Elles souhaitent également apprendre la fabrication et l’utilisation de foyers écologiques pour réduire la consommation de bois et limiter les émissions de fumées toxiques. L’association a par ailleurs exprimé le besoin d’un forage équipé d’une pompe à eau, de bâches de séchage, de marmites, de bassines, ainsi que d’un local propre doté d’un système d’évacuation des déchets.

L’analyse des échanges révèle une situation de vulnérabilité paradoxale. Malgré une solide expérience de 35 ans et une organisation structurée, l’association SUDOMCE subit de plein fouet la double crise climatique et commerciale. La déforestation et le dérèglement des saisons ont transformé une activité de cueillette gratuite en une activité d’achat de matière première coûteuse. Le décalage de la récolte, de mars à juin, fragilise leur trésorerie. Le passage d’un marché international à un marché local informel a réduit leurs marges bénéficiaires, rendant difficile le renouvellement de leur équipement.
Pour l’ONG Save Our Planet, cette immersion à Koroborou dans le cadre de la célébration des droits des femmes a permis de mettre en lumière la résilience exceptionnelle des membres de l’association SUDOMCE. Le karité reste un levier puissant d’autonomie financière pour ces foyers et pour la scolarisation de leurs enfants. Sa survie est néanmoins menacée par le changement climatique et le manque de soutien technique. L’ONG sort de cette séance avec une base de données concrète pour l’élaboration de projets futurs. Il ne s’agit plus seulement de produire du beurre, mais de protéger l’écosystème du karité et d’améliorer la santé de celles qui le transforment. En répondant aux besoins en eau, en équipements écologiques et en débouchés commerciaux stables, ces défis peuvent devenir un modèle de développement durable et équitable pour les femmes de Parakou et du Bénin.



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