Les 1er et 2 juin 2026, l’ONG Save Our Planet a organisé deux journées de formation intensive à Tchatchou puis à N’dali. Au programme : compostage et biopesticides. Objectif : préparer les communautés à la création de jardins botaniques communautaires pour préserver les plantes médicinales menacées de disparition.

Formation à Tchatchou

Tchatchou, lundi 1er juin 2026 : la terre nourricière à portée de main

Ce lundi 1er juin 2026 n’était pas un jour comme les autres à Tchatchou. Dès 8 heures, sous un soleil généreux et à l’ombre bienveillante de deux grandes tentes, une trentaine de participants en majorité des femmes ont répondu présent à l’appel de l’ONG Save Our Planet. L’objectif était clair : devenir incollables sur le compostage et les biopesticides pour sauvegarder les plantes médicinales, menacées de disparition.

Avant même que les formatrices ne prennent la parole, l’ambiance était déjà à l’échange. Comme le veut la méthode participative du projet JARCOMED (Jardins botaniques communautaires), chaque participant a été invité à partager ses propres « trucs » agroécologiques. Ici, on parle du fumier de parc à bœufs. Là, d’une décoction de feuilles qui éloigne les insectes. Un beau prélude au savoir scientifique qui allait suivre.

Deux expertises de choc ont animé cette formation. Balla Aichatou, spécialiste en Gestion Durable des Terres, a plongé les mains dans le compost avec une énergie communicative. « Regardez, une bonne alternance de couches vertes et brunes, un peu d’eau, et vous obtenez l’or noir de nos jardins », a-t-elle expliqué, entourée de brouettes et de fourches. Théorie d’abord, puis pratique : les femmes se sont relayées pour construire un magnifique composteur de démonstration avec des matériaux locaux.

Puis ce fut au tour de Naomie Yabi, ingénieure agronome, de prendre le relais pour la fabrication des biopesticides. Sous le mortier et le pilon, les feuilles de neem, le piment et le savon noir ont laissé place à une mixture qui sent bon la nature… mais qui sent mauvais pour les ravageurs. « C’est simple, économique et sans danger pour nos abeilles », a rappelé Naomie. Chaque participante est repartie avec la liste des ingrédients, prête à tester chez elle.

Les visages rayonnants en disaient long sur leur satisfaction. « Avant, je pensais que protéger mes plantes, c’était forcément avec des produits chimiques. Aujourd’hui, nous avons fabriqué notre propre pesticide biologique. C’est une fierté », nous a confié une agricultrice de Tchatchou, un large sourire aux lèvres.

Au-delà de la simple technique, c’est tout un dialogue qui s’est instauré entre les tradipraticiens présents et les formatrices. On a parlé des 30 espèces menacées retenues pour le futur jardin botanique, des vertus du neem, du mode de conservation des écorces. La rencontre entre la sagesse traditionnelle et la science académique a été belle à voir.

« Nos pères et nos grands-pères connaissaient déjà ces plantes. Ils savaient lesquelles soignent le paludisme, lesquelles réparent les fractures. Mais avec le temps, la forêt recule et les jeunes ne s’intéressent plus à nos secrets. Ce que nous avons appris aujourd’hui, c’est que nos recettes anciennes comme la décoction de neem sont aussi des pesticides puissants. La science le confirme. Alors oui, ce projet nous redonne une place. Et nous, nous sommes prêts à transmettre. Pour que nos enfants retrouvent des sols vivants et des plantes en abondance. » a confié Président de l’Association des Tradipraticiens de Tchatchou.

En guise de conclusion, l’équipe de Save Our Planet a rappelé que ces deux journées de formation à Tchatchou puis à N’dali sont la clé de voûte des reboisements prévus. « Un arbre planté sans entretien meurt. Un agriculteur formé, lui, fait vivre tout un écosystème », a souligné l’équipe.

N’dali, mardi 2 juin 2026 : la sagesse traditionnelle au service de la terre

Le lendemain, mardi 2 juin 2026, l’effervescence était au rendez-vous à N’dali. Après le succès de la veille à Tchatchou, l’ONG Save Our Planet a posé ses valises et son matériel dans la commune pour une deuxième journée de formation intensive. Même programme, même enthousiasme, mais un public tout aussi avide d’apprendre : une trentaine d’âmes vaillantes – agriculteurs, agricultrices et tradipraticiens réunis pour sauver les plantes médicinales.

Dès l’accueil en matinée, les langues locales, le bariba en tête, ont résonné sur le site prévu pour le jardin. Pas de grandes théories hors-sol ici. On cause pratique. On parle de la terre de chez nous. Les participants, invités à partager leurs astuces, ont rivalisé d’ingéniosité. Tous s’accordaient sur un point : il nous faut des méthodes propres et durables pour entretenir les futures pépinières communautaires.

C’est là qu’interviennent les deux formatrices. Balla Aichatou a sorti tout son attirail : fumier, cendres, débris verts. En moins d’une heure et demie, elle a transformé un tas informe en un véritable composteur pédagogique. « Ce n’est pas sorcier. Il suffit d’aérer et de surveiller l’humidité », a-t-elle lancé. Les participantes, hilares, ont enchaîné les couches comme on prépare un gâteau de fête. La preuve que l’agroécologie peut être joyeuse et collective.

Puis, place à la potion avec Naomie Yabi. L’ingénieure agronome a captivé l’audience en détaillant les étapes de fabrication du biopesticide. « Avec du piment, du savon noir et des feuilles de papaye, vous avez de quoi protéger vos plants sans intoxiquer vos sols », a-t-elle expliqué. Les hommes, souvent plus sceptiques, ont été les premiers à s’approcher des ateliers pratiques pour manipuler mortiers et pulvérisateurs. Une belle émulation masculine autour de ces recettes 100 % naturelles.

« Pendant des années, on nous a fait croire qu’on ne pouvait pas cultiver sans chimie. C’est faux. Nos champs de démonstration à Gbéroukpane et Savalou prouvent le contraire. Avec le projet JARCOMED, nous ne donnons pas des poissons. Nous apprenons aux communautés à fabriquer leurs propres filets. Un composteur, un biopesticide à base de neem, un bouturage réussi : ce sont des petites victoires qui, mises bout à bout, sauvent nos sols, notre santé et nos plantes médicinales. » a déclaré Megan Valère SOSSOU.

Mais le moment le plus fort, sans conteste, fut celui du dialogue avec les tradipraticiens. Eux, les gardiens de la mémoire végétale, ont partagé leurs connaissances sur les espèces menacées. Les formatrices ont pris des notes, validé certaines pratiques, et co-construit avec l’assemblée une fiche de suivi participatif. On a même identifié des « espèces sentinelles » pour surveiller la santé du futur jardin botanique. Un vrai laboratoire à ciel ouvert.

« Je repars avec une connaissance enrichie sur la fabrication des insecticides biologiques. Ce projet JARCOMED nous redonne du pouvoir », nous a lancé, fière, une agricultrice de N’dali, un flacon d’échantillon à la main.

Plus d’une soixantaine de personnes prêtes à faire vivre les jardins botaniques

En deux jours, ce sont plus de soixante personnes qui ont été formées sur les deux sites. À Tchatchou comme à N’dali, les participants repartent avec des compétences clés en compostage, en fabrication de biopesticides et en entretien des plants. De quoi assurer la pérennité des jardins botaniques communautaires.

L’équipe de Save Our Planet a tenu ses promesses. Le projet JARCOMED, soutenu par Re-Earth Initiative, ne se limite pas à planter des arbres. Il forme des communautés à devenir les gardiennes de leur propre biodiversité. À Tchatchou et à N’dali, la terre peut désormais compter sur de nouvelles chevilles ouvrières.

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