Bénin : À N’Dali et Tchatchou, des jardins communautaires poussent pour sauver les plantes médicinales

Les 3 et 4 juin 2026, l’ONG Save Our Planet a transformé l’essai. Après des sessions de formation, les localités de N’Dali et Tchatchou ont accueilli la mise en terre des premiers jardins communautaires dédiés à la conservation des espèces médicinales. Tradipraticiens, autorités locales, services techniques et populations ont uni leurs forces pour que ce patrimoine vivant ne disparaisse pas.

Dans le cadre du projet JARCOMED (Jardins Communautaires pour la Conservation des Plantes Médicinales) financé par Re-Earth Initiative, les opérations de reboisement ont été officiellement réalisées dans les communes de N’Dali et Tchatchou, au nord du Bénin. Ce n’est pas seulement des arbres et des arbustes qui ont été mis en terre, mais l’espoir de voir perdurer des savoirs ancestraux face à la raréfaction des espèces médicinales.

Ce passage à l’acte concrétise des semaines de formation en agroécologie. L’objectif était clair : créer des réservoirs de biodiversité vivants, gérés par et pour les communautés. Avant même de planter, le Directeur Exécutif de Save Our Planet, Monsieur Megan Valère SOSSOU, a rappelé la feuille de route partout où l’ONG est passée.

À N’dali comme à Tchatchou, il a annoncé que des centaines de plantes médicinales issues de trente espèces végétales avaient été mobilisées, tout en insistant : « Cette liste n’est pas exhaustive. Les communautés pourront, à l’avenir, l’enrichir avec d’autres espèces médicinales qu’elles jugent utiles. » Une manière d’ancrer le projet dans le réel, et non dans des cases imposées. chaque espace réservé aux différentes espèces a été soigneusement étiqueté avec son nom, pour faciliter l’identification et le suivi par tous, des tradipraticiens aux enfants du village.

Le soutien des Responsables des Eaux, Forêts et Chasse du Bénin

Les agents des Eaux, Forêts et Chasse, présents dans les deux localités, ne se sont pas contentés de discours. En terre, ils ont montré comment planter un jeune pied pour qu’il résiste aux premières sécheresses.

À N’Dali, Monsieur BAH Hilaire a frappé fort avec un argument pragmatique : « Les plantes médicinales ne sont pas seulement un héritage culturel. Elles contribuent à la santé communautaire. Les valoriser, c’est aussi réduire les dépenses liées à l’achat de médicaments pharmaceutiques. » Puis, manches retroussées, il a fait une démonstration pratique des techniques de mise en terre.

À Tchatchou, c’est Monsieur Jérémie HOUNKPATO qui a pris le relais, avec la même exigence technique : gestes précis, conseils sur la profondeur, l’arrosage initial, la protection du collet. L’expertise technique au service de la tradition.

Plantation à Tchatchou

Autorités locales : entre fierté, alarme et promesses

Côté élus, l’enthousiasme était palpable, mais aussi la lucidité.

À N’Dali, le maire, M. Daouda SAKA MERE, arrivé avec sa délégation (Secrétaire Exécutif, Chargé de communication, Deuxième Adjoint au Maire), a vu dans JARCOMED bien plus qu’un projet environnemental. Après avoir visité le site et découvert des espèces comme le moringa, le baobab, l’iroko, le basilic africain, le jatropha, le kapokier ou le laurier, il a lancé : « C’est un rempart contre la disparition d’espèces entières. Je lance un appel solennel : entretenez ces jardins comme le bien commun qu’ils sont. » Il a même proposé d’étendre l’initiative : « De vastes espaces restent disponibles et pourraient être valorisés à l’avenir. »

À Tchatchou, le chef d’arrondissement, M. Salifou OROU GOURA, s’est dit « honoré » d’accueillir ce projet. Son discours a été celui d’un élu qui voit dans ce jardin une chance pour sa communauté : « Je suis animé par un sentiment de joie et de fierté. Une organisation s’intéresse enfin au développement de notre localité. »

Mais il a aussi tiré la sonnette d’alarme sur un péril bien réel : la divagation des animaux de pâturage. Le Directeur Exécutif avait lui-même constaté, lors de l’état des lieux, la présence de bœufs à proximité immédiate du jardin. « Il faudra protéger efficacement ce site », avait-il insisté. Face aux troupeaux en quête d’ombre et d’eau, M. OROU GOURA a promis solennellement : « J’accompagnerai la sécurisation du jardin par tous les moyens disponibles. » Avant d’exhorter ses administrés : « Prenez pleinement conscience de votre responsabilité dans la protection de ce site. »

La présidente de Save Our Planet, Madame Aïchatou BALLA, a pris la parole pour fixer la vision. Son message a résonné avec force dans les deux localités.

À Tchatchou, elle a dit, émue : « Voir cette mobilisation me remplit de joie. Je voudrais que ce jardin devienne, à terme, une véritable source de plantes médicinales et de tisanes traditionnelles au bénéfice des populations locales. »  Elle a formulé le vœu : « Que ces jardins deviennent des lieux de vie, de transmission. Là où les grands-mères montreront aux petites-filles quelle feuille apaise la fièvre, et quelle écorce soigne un mal de ventre. »

Elle a salué l’accompagnement des Eaux, Forêts et Chasse et des autorités locales, qualifié de « clé de voûte pour la réussite du projet ».

L’engagement solennel des tradipraticiens

À Tchatchou, le Président des tradipraticiens a pris la parole avec des mots simples mais forts : « Merci à Save Our Planet. Merci aux partenaires. » Puis il a réaffirmé l’engagement de sa corporation : « Nous, tradipraticiens, assurerons l’entretien du jardin et contribuerons activement à sa préservation. »

À N’Dali, Monsieur SEGO SOUNON Soumanou, président des tradipraticiens de la localité, a salué l’initiative et le soutien de Re-Earth Initiative.

Un engagement qui s’est concrétisé par la participation active de plusieurs acteurs à savoirs des guérisseurs et guérisseuses, des agricultrices et chasseurs au travail de plantation et à la gouvernance.

Un symbole planté à quatre mains

Puis vint l’instant solennel : la plantation.

À N’Dali, le Maire, le Deuxième Adjoint et le Secrétaire Exécutif ont procédé aux premières mises en terre, donnant le coup d’envoi officiel du reboisement des plantes médicinales dans le cadre du projet JARCOMED. Un symbole fort. Ils ont été suivis par les représentants des services techniques, les tradipraticiens, des agriculteurs, des jeunes chasseurs, de l’équipe du projet.

À Tchatchou, même cérémonial : le Chef d’Arrondissement et le représentant des Eaux, Forêts et Chasse ont donné le top des plantations, immédiatement imités par la foule. Chaque plant a été arrosé avec soin, comme pour lui promettre une longue vie.

Au total des centaines de plants issues de 30 espèces de plantes médicinales réparties en quatre catégories principales ont été mis en terre.

Pour les grands arbres, six espèces ont été plantées : cailcédrat (acajou du Sénégal – Khaya senegalensis), le baobab (Adansonia digitata), le kapokier (Ceiba pentandra), l’afzelia (Afzelia africana), le tamarinier (Tamarindus indica), et l’iroko (Milicia excelsa).

Côté arbres fruitiers et utiles, on retrouve le corossolier (Annona muricata), le goyavier (Psidium guajava), le papayer (Carica papaya), le citronnier (Citrus limon), le pomme cannelle (Annona squamosa), et le Garcinia kola (Garcinia kola).

Les arbustes et semi-arbres comprennent le moringa (Moringa oleifera), le cassia (Cassia sp.), le laurier (Laurus nobilis), le noni (Morinda citrifolia), l’orgueil de Chine (Caesalpinia pulcherrima), le jatropha rouge et blanc (Jatropha integerrima et Jatropha curcas), le gmelina (Gmelina arborea), l’eucalyptus (Eucalyptus globulus), et les yeux de chatte (Abrus precatorius).

Enfin, les plantes médicinales rassemblent l’hysope (Hyssopus officinalis), la citronnelle (Cymbopogon citratus), la menthe (Mentha sp.), le vernonia (Vernonia amygdalina), l’artemisia (Artemisia annua), le basilic africain (Ocimum gratissimum), la verveine (Verbena officinalis), le dracaena trifasciata (Dracaena trifasciata), le bissap (Hibiscus sabdariffa), la dysphania ambrosioides (Dysphania ambrosioides), l’heliotropium indicum (Heliotropium indicum), et le spondias mombin (Spondias mombin).

Un dispositif végétal mêlant essences locales, arbres fruitiers, arbustes utiles et plantes médicinales, dans une approche diversifiée répondant aux objectifs du projet.

Des comités de gestion pour veiller sur l’héritage

Pour permettre une meilleure gestion des jardins, une solution a été trouvé. Des comités de gestion, mixtes et pluridisciplinaires, garants des règles d’usage, de l’entretien et de la surveillance.

Avant que les foules ne se dispersent, une décision structurante a été officialisée : la mise en place de comités de gestion dans les deux localités.

À N’Dali, le comité est composé de cinq membres trois hommes, deux femmes :

  • BIO GUIRE Toko N’Gobi – cultivatrice
  • SAKA Yérima – guérisseuse traditionnelle
  • TISSIRIGUI Orou Sabi Kpéra – Président Adjoint de l’Association des Chasseurs
  • TISSIRIGUI Bio Gabo – guérisseur traditionnel
  • ALASSANE Idrissou – tradipraticien

À Tchatchou, le comité compte six membres – trois hommes, trois femmes, dans un esprit de parité parfaite :

  • SABI Sado – tradipraticienne
  • MAMA Taba – tradipraticienne
  • N’SREME Habiba – tradipraticienne
  • BAGOUDOU Imorou – tradipraticien
  • BOUKARI Habibou Gounou Moukaïla – commerçant
  • CHABI Assouma – cultivateur

Des comités à l’image des communautés : diverses, vivantes, et désormais responsables de leurs jardins médicinaux.

Dernière annonce, et non des moindres : le Directeur Exécutif a promis qu’une prochaine mission livrerait des matériels et équipements pour entretenir durablement les sites. À Tchatchou, il a lancé un appel à la responsabilité : « Faites un usage responsable. Veillez à la protection durable des espèces mises en terre. » Et il a exprimé un espoir : « Lors de nos prochaines missions de suivi, j’espère voir un jardin bien entretenu et efficacement protégé. »

Les journées des 3 et 4 juin 2026 resteront comme un tournant pour N’Dali et Tchatchou. Ces jardins communautaires ne sont pas de simples parcelles : ce sont des bibliothèques vivantes, des pharmacies de village, des remparts contre l’oubli.

Il faut rappeler que dans les zones d’intervention du projet, les parcelles de terre n’ont pas été loué ni acheté. A Tchatchou a été offert par le roi du village, une marque de confiance et de soutien royal à la conservation des savoirs ancestraux. A N’dali, la parcelle de terre a été facilitée par le Maire de la commune à travers l’Association des Tradipraticiens de N’dali.

Partout, les tradipraticiens ont juré d’entretenir, les agents des Eaux, Forêts et Chasse ont formé, et les comités mixtes veillent désormais au grain. Le projet JARCOMED vient de prendre racine. À présent, il doit fleurir.

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